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Angleterre 2013

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  • Angleterre 2013

    Par JOEL SIROP, publié le mardi 10 septembre 2013 15:15 - Mis à jour le mardi 10 septembre 2013 15:58

    London 2013 via Marquise (Pas-de-Calais)

     

    1- Marjorie

    Mardi 12 mars 2013, 3h30 du matin, Calais : 150 km.

    La vitesse est très limitée. 30km/h = 9h. 40 km/h = 6h. "Je ne préfère pas y penser", nous disait Mme Thareaut. Ce trajet vers le Shuttle allait rester dans les mémoires.

    Je ne dors pas, parce que je n'y arrive pas, réveillée tout à l'heure par le seul bruit des essuies glaces qui balayent l'eau glacée. Tchac tchac bommm... On n'entend plus que ce refrain, au loin le bruit des pneus dans la neige, le car semble glisser dans cette immensité blanche, que je perçois très floue, je n'ai pas mes lentilles de corrections ! Ceci amplifie encore cette impression de banquise.

    Devant son tableau de bord coloré, seule source de lumière du car, le chauffeur scrutant la route, tête baissée, semble prendre en pleine face le vent du dehors. Quelques instants d'inattention de sa part et c'est la glissade lente mais inexorable vers le bas côté. Cet effort de concentration est très fatiguant, à la longue. Mais les passagers sont confiants, ils dorment ! Loin est maintenant le refrain entêtant et d’il y a quelques heures : "happy birthday to you, happy birthday to you, Marjorie !"...

    Le car semble rouler seul, tel un vaisseau fantôme. Il dépasse de temps en temps des camions sans vie, que le verglas a stoppé net.

    Incroyable, la neige est tellement abondante qu'en ayant été repoussée sur les côtés, avec le vent, forme de grandes congères. On se croirait dans un pays nordique, alors que nous sommes simplement du côté de Rouen, France...! Alors qu'on pouvait manger en terrasse à l'Ile de Ré il y a seulement 3 jours. "Y 'a plus de saison", nous diraient nos grands-mères.

    "M***e!", ce juron réveille certains élèves en sursaut. Le chauffeur a vu un peu tard un camion arrêté sur la quasi totalité de la largeur de la route. On sent alors les roues du car hésiter entre rester au contact avec la route et partir en glissade. Le car s'immobilise petit à petit à quelques mètres du camion, un bien pour un mal, car il ne peut plus repartir, il patine désormais. "Il aurait pu mettre ses feux de détresse !"

    Nous voilà immobilisés, et ça ne sera pas la seule fois du voyage. La nuit allait être longue...

     

    2- Lutte gréco-romaine

    Mardi 12 mars 2013, 10 h 00 du matin

    Nous avons finalement pu repartir, 3 heures après cet arrêt forcé. Durant notre fin de nuit, nous espérons pouvoir prendre le Shuttle à l'heure mais plus l'heure avance, plus notre vitesse diminue inexorablement.

    15 km avant Calais : voilà où nous sommes obligés de nous arrêter, si proches du but ! Imaginez un marathonien obligé d'abandonner au 41e km... Car, oui, notre trajet épique ressemble bien à un marathon, avec tellement d'embûches sur notre route ! Mais notre déception n'est pas aussi grande que celle de nos élèves, qui espèrent toujours voir "Londres 2013".

    Marquise, petite ville du Pas de Calais, sera donc la première étape de notre voyage, que nous n’espérons pas encore arrivé à son terme.

    Espérant pouvoir rallier Londres dans la journée, M. Billaud use son énergie du jour au téléphone, entre espoir et attentes de plus en plus longues. Cette journée nous semble interminable, nous attendons, sans rien faire au début, pensant que nous puissions repartir assez vite. Nous qui avons nos journées généralement bien chargées et pleines d'activités, nous voici là sans avoir rien à faire qu'à rassurer les élèves et à réfléchir pour repartir d'ici au plus vite.

    Ce qui nous paraissait en début de journée inenvisageable s'impose à nous petit à petit, au gré des nouvelles et des espoirs finalement vains : nous allons passer la nuit ici. Nous prenons soin de révéler tout d'abord cette nouvelle avec délicatesse et retenue aux élèves, de manière à ce qu'ils se fassent finalement bien à cette éventualité.

    Le hasard a finalement bien fait les choses, puisque nous sommes hébergés dans un gymnase quasiment tout neuf, agréable et confortable, que nous pensons au départ quelconque, mais les secouristes sur les lieux nous apprennent que ce complexe sportif fut en fait construit pour accueillir l'année dernière l'entrainement des athlètes des JO sélectionnés pour la lutte gréco-romaine. Ce sport méconnu du grand public revit tous les 4 ans lors de cette compétition internationale heureusement plus médiatisée que tous leurs autres championnats.

    Réfugies de la route : ce terme utilisé par les médias nous désigne, sans que nous n'y puissions rien, comme tous les gens qui se trouvent à nos côtés dans cette première salle d'accueil, yeux hagards et teints pâles d'avoir passé une nuit sans doute blanche.

    La fin d'après midi passera plus vite finalement que toute la journée, nous sommes maintenant résignés. Aller chercher notre nécessaire de toilette et de nuit resté au car devient une véritable expédition et prend du temps, il faut braver le vent très froid et la neige. Nous prenons donc les choses avec philosophie et pour joindre l'utile à l'agréable, nous aidons les bénévoles à démonter les tapis de lutte, qui au passage coûtent une fortune, et à réinstaller un sol moquetté.

    Cette grande salle chaleureuse nous convient de plus en plus et nous sommes persuadés que passer la nuit ici n'est pas une mauvaise chose, en y réfléchissant. Si nous étions arrivés jusqu'au terminal d'attente du Shuttle, la nuit y aurait été largement moins confortable !

    Nous pouvons prendre une douche bien méritée. Le repas du soir, composé de soupes diverses et variées à volonté, de sandwiches et de fruits puis de boissons chaudes agrémentées de petits gâteaux suffit à notre bonheur et le moral du groupe est au beau fixe, comme en témoigne cette géante "tomate" improvisée avec les collégiens de Rennes atterris ici comme nous.

    Une interview par une journaliste de Europe 1 sur notre aventure est le fait de la soirée, nous passerons à l'antenne le lendemain matin ! En effet, cet épisode neigeux inattendu fait les premiers titres de l'actualité nationale.

    Nourriture, confort et douche : voilà les trois "essentiels" pour nous, "naufragés" de la route. Nous sommes encore bien loin de notre objectif londonien, mais qu'importe, demain est un autre jour. Nous espérons que la neige nous laissera un peu de répit et que le temps nous permettra de rallier l'embarcation du Shuttle.

    Le début de nuit sera d'ailleurs des plus inconfortables, nous sommes obligés de dormir à même la moquette, et surtout sans couverture, les lits pliants promis par la sécurité civile ne nous arrivent qu'à une heure du matin.

    Nous nous jetons alors dessus comme des "morts de faim" ! La fin de nuit sera courte mais bien moins difficile.

    Pour finir, songez tout de même que la lutte gréco-romaine, symbole du sport antique, risque fort de ne pas être olympique en 2016, la faute à des intérêts financiers entre autres, laissant la place à d'autres sports qui n'ont pas toujours plus de raisons de devenir olympiens... Alors si cela avait été le cas dès les jeux de Londres, où aurions-nous été hébergés ?

     

    3- Au rattrapage

    Mercredi 13 mars, 6 h 30 du matin

     

    Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas : les conditions de ce mercredi matin sont bien meilleures que celles de la veille, nous prenons le Shuttle sans encombre ! « C’est la première fois que nous voyons l’embarquement de jour ! » font remarquer Mme Thareaut et M. Billaud aux élèves, sans dissimuler leur soulagement d’être enfin arrivés jusqu’ici.

    Dès lors, le voyage semble redevenir banal, avec son lot d’imprévus classiques mais tellement prévus, eux ! Bien sûr des élèves seront en retard lors des points de rendez-vous, et ce seront souvent les mêmes. Il y aura sans doute des élèves mal accueillis dans des familles. Bien sûr que certaines élèves se promèneront toute la journée en ballerines et que ça se terminera en ampoules. « Prévoyez des chaussures de marche », avait redit comme toujours Mme Thareaut. Bien sûr il faudra encourager sans cesse à faire parler les élèves le plus possible en anglais, il faudra faire ramasser les papiers et les bouteilles vides laissées par les garçons au fond du car ; et puis ces chansons paillardes qu’il faudra stopper gentiment en lieu public. Mais cela est de l’ordre du commun, rien de tout cela n’est inattendu.

    Ce voyage est bien rodé, l'anticipation et l’organisation de nos deux organisateurs en chef m’impressionnent. Des petits détails font toute la différence, à l’image des fluos du sac de Mme Thareaut, prévus pour que les élèves mettent en valeur le lieu de rendez-vous… !

     

    La grande préoccupation des élèves ce premier jour est maintenant de découvrir leur famille d’accueil et surtout de savoir si « elle est sympa ou pas ». C’est comme cela pour eux, c’est souvent tout blanc ou tout noir… ! Ils auront ce souci en tête toute cette journée. Comme lâchés dans la fosse aux lions, ils vont prendre conscience de l’intérêt de tous leurs cours d’anglais et que la connaissance de cette langue ne s’arrête pas à la porte de la salle C217.

     

    Mercredi 13 mars après midi

    Cette première journée commence par une visite guidée de Cambridge, ses petites rues typiques, ses bâtisses magnifiques, nous manquons de nous faire reverser plusieurs fois par des étudiants en vélo. Je repars de la grande cour du Trinity College avec la musique des Chariots de Feu en tête…

    Même si le vent est presque glacial, c’est un dépaysement total de flâner dans ces ruelles et d’aller se réchauffer à l’Eagle pub, datant du 14ème siècle, tout en imaginant ces deux jeunes chercheurs pousser la porte de ce pub en s’exclamant qu’ils avaient trouvé le « secret de la vie » il y a 60 ans. L’ADN avait été découvert.

     

    Chez Mary, femme vivant seule qui nous accueille tous les quatre, il y a le bel Alexandro, étudiant italien qui apprend l’anglais en allant au pub tous les soirs, très bonne méthode pour s’obliger à travailler son anglais. Il y a aussi le chat Bertie, ce qui nous permet d’apprendre à parler à un chat anglais : « Kitty Kitty ! » est l’équivalent de « Minou minou ! », à prononcer bien sûr sur le même ton. « Improve your english », m’avaient encouragé mes collègues. Et chez Mary, il y a bien sûr aussi un robinet mitigeur particulier dans la douche, un inattendu comme chez beaucoup de familles anglaises… M. Billaud avait pourtant averti les élèves avant de les laisser partir le premier soir : "Ecoutez bien les consignes de vos familles concernant la salle de bain, c'est parfois un peu particulier..." Il ne croyait pas si bien dire, Noémie et ses copines avaient compris que le seau dans la douche servait à se rincer : « On s’est lavé avec un seau ! » s’étaient-elles exclamées le lendemain matin. Il aura fallu Mme Thareaut pour démêler ce problème de compréhension.

     

    Jeudi 14 mars

    Cette année, M. Billaud innove en proposant aux élèves de TSTI2D une longue visite de Londres en vélo, commentée par un guide cycliste. Cette balade a priori bien définie se révèle être en fait un parcours du combattant dans les rues parfois très fréquentées. Imaginez conduire un groupe de 28 lycéens en vélo dans les différents quartiers de Londres et les dangers d’une conduite dans une grande ville, qui plus est à gauche, ceci toute une journée… ! M. Billaud s’en tire avec quelques petites frayeurs pour le groupe, mais il conclura à une belle expérience de visite. Et même M. Sirop a pris du plaisir !

    Comme si l’on présentait la ville sur un plateau ! Tandis que les cyclistes se démènent dans les rues londoniennes, le reste du groupe a le privilège de visiter la ville en car : un déferlement de dates, d'histoires et d'anecdotes. Les élèves connaissent-ils leur bonheur de visiter Londres dans ces conditions exceptionnelles ? La journée se poursuivra par une visite du British Museum.

     

    Même si la suite de la semaine se déroule sans véritable anicroche, l’objectif de nos deux organisateurs est de faire visiter Londres sans en oublier aucun lieu important. Une nouvelle nous arrive alors à point nommé : ayant perdu une journée au tout début du séjour, le voyagiste nous propose un tour dans le London Eye, roue immense au bord de la Tamise qui domine, du haut de ses 165 mètres, toute la ville !

    C’est un véritable « rattrapage express » qu’on propose aux élèves, ravis. Londres se déplie alors devant nous, Westminster et the Houses of Parliament sont à portée de main !

    Vendredi 15 mars

    Après le fish and chips traditionnel qui conclut si bien ce séjour et qui nous permet de faire le plein d’énergie pour le retour, nous voilà repartis, persuadés maintenant que le trajet se déroulera au mieux. Nous ne croyions pas si bien dire, nous arrivons tellement en avance à l’embarcation que nous réussissons à monter dans le bateau précédent, le temps perdu à l’aller va finir par être rattrapé ! Notre traversée en ferry dans une mer un peu remuante restera une simple anecdote.

    A 1h de matin, arrivés en France, nous roulons sur le tronçon de l'autoroute qui a nous a posé tant de problème il y a quatre jours, et qui a gardé encore les traces des congères. A notre gauche, nous reconnaissons alors la petite ville qui nous a accueilli : « Dites bonjour à Marquise ! » Mais tout le monde dort déjà... A quelques centaines de mètres on aperçoit la salle de lutte colorée, comme un miroir ! Il y a quatre jours, par les fenêtres de la salle, on observait très bien la file de camions à l'arrêt, empêtrés dans la neige… Quel bonheur d’apercevoir en riant notre fortune de voyage !

    Tout est maintenant calme dans le bus. Je me tourne alors vers ma voisine : « Dis-moi Mme Thareaut, vous proposez le voyage l’année prochaine ? »

    V. Chevrier, mars 2013.

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